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5957 - [BR]Naissance de la construction navale moderne à Saint-Nazaire

br - 1862 - Istor Istor Yezhoù Istor  - La Boussac - Aubigné - Lamballe - Saint-Nazaire - Lampaul-Ploudalmezeau
Hubert CHEMEREAU
Membre de la section Histoire de l'Institut Culturel de Bretagne et du Conseil Scientifique du Parc Naturel Régional de Brière. Collabore régulièrement aux revues ArMen, Le Chasse-Marée et Place Publique.



11173 - [BR] La bataille d’Hasting. Après la fuite des Bretons devant l’armée du roi Harold, les troupes de Guillaume sont désorganisées, d’autant que plus que la nouvelle de sa mort circule. Guillaume est obligé de soulever son casque pour se faire reconnaître et arrive à rassembler ses troupes. Détail de la Tapisserie de Bayeux - XIe siècle. - avec autorisation spéciale de la Ville de Bayeux


[BR]En 1862, John Scott, jeune ingénieur venu d’Écosse, crée à Saint-Nazaire le premier grand chantier naval de Bretagne. La création d’un chantier naval moderne sur la presqu’île de Penhoët est l’un des premiers grands transferts de technologie britannique en terre bretonne. Cette aventure industrielle donnera naissance, en 150 ans, à 621 navires dont les célèbres paquebots Normandie, France et Queen Mary 2.

Sous-dossiers

16598 - [BR] Forte présence bretonne à la bataille de Hastings
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[BR] Harold est désigné en 1066 roi des Anglais après la mort d’Édouard le Confesseur. Mais deux autres princes prétendent succéder au trône : Harald, roi de Norvège, et Guillaume, duc de Normandie. Le premier, débarquant le 18 septembre 1066 près de York, est battu et tué par Harold. Le second, Guillaume, accoste au sud-est de l’Angleterre les 28 et 29 septembre. Aussitôt, Harold arrive à marche forcée. Les deux armées s’affrontent le 14 octobre à Hastings. Celle de Guillaume est composée de trois corps : au centre les Normands, à droite les Français et les Flamands et à gauche les Bretons. Après une longue bataille où les Bretons prennent momentanément la fuite, le duc Guillaume finit par vaincre. Harold est tué.


11160 - [BR] Affiche et autocollant Diwan - Jean-Paul MELLOUET


16599 - [BR] Etat des lieux en 1977
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[BR] Pour le premier degré, la Charte culturelle bretonne n’apportait que la promesse de nommer des instituteurs conseillers pédagogiques pour « une initiation dans le cadre des activités d’éveil, à raison d’une heure par semaine, à la demande des familles et sous le système de volontariat des instituteurs », ce qui était déjà inscrit dans la loi Deixonne de 1951 (art. 2 & 3) :

ART. 2. - Des instructions pédagogiques seront adressées aux recteurs en vue d’autoriser les maîtres à recourir aux parlers locaux dans les écoles primaires et maternelles chaque fois qu’ils pourront en tirer profit pour leur enseignement, notamment pour l’étude de la langue française.

ART. 3. - Tout instituteur qui en fera la demande pourra être autorisé à consacrer, chaque semaine, une heure d’activités dirigées à l’enseignement de notions élémentaires de lecture et d’écriture du parler local et à l’étude de morceaux choisis de la littérature correspondante.
Cet enseignement est facultatif pour les élèves.


16600 - [BR] Une période transitoire
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[BR] Au cours du XIXe siècle, avec la révolution des transports née de la machine à vapeur, les Écossais sont passés maîtres dans la construction métallique qui annonce la disparition de la marine en bois. L’introduction des bateaux en fer a ouvert de grandes perspectives dans le développement de lignes transatlantiques. Le 23 janvier 1860, la signature du Traité de libre-échange franco-britannique favorise le transfert de technologie en matière de construction navale.


11160 - [BR] Affiche et autocollant Diwan - Jean-Paul MELLOUET


16601 - [BR] Naissance d’un chantier naval dans le sillage de l’ouverture transatlantique
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[BR] Après d’âpres négociations avec l’État français, la compagnie des frères Pereire signe une convention postale dans laquelle elle doit desservir pendant vingt ans des lignes transatlantiques avec New York (à partir du Havre) et avec l’Amérique centrale et les Caraïbes (à partir de Saint-Nazaire). Les frères Pereire, banquiers saint-simoniens, s’engagent à construire la moitié de leur flotte à Saint-Nazaire. L’ingénieur lorientais Dupuy de Lôme, directeur des constructions navales au ministère de la Marine, joue un rôle déterminant dans l’introduction de John Scott auprès des frères Pereire. Il connaît bien la maison Scott pour avoir fait un séjour à leur chantier de Greenock afin de parfaire ses connaissances en matière de propulsion marine. Le 18 janvier 1862, le contrat est conclu avec les Écossais pour la construction d’un chantier naval sur la presqu’île de Penhoët.

16603 - [BR] La première vague de migrants
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[BR] Si aucun nom de Bretons de Hastings n’est connu, il est probable que Raoul l’Anglais et les deux fils d’Eudes (frère d’Alain III duc des Bretons), Alain le Roux et Brient, ainsi que leurs hommes, aient participé à la bataille. Certains sont dotés des terres des vaincus. Ainsi, Brient se serait installé dans le sud-ouest de l’Angleterre. Du moins, il y repousse une tentative d’invasion dirigée par les fils du défunt roi Harold en 1069. Toutefois, Guillaume le Conquérant ne déstructure pas dans un premier temps l’aristocratie anglo-saxonne et préfère s’accorder avec elle.


11163 - [BR] Généalogie simplifiée des Eudonides. « Eudonides » : nom donné aux descendants du comte Eudes, le frère du duc des Bretons Alain III. Les Eudonides portent le titre de comte –et non de duc- dans les textes des XIe et XIIe siècles. Par ailleurs, les titulatures exactes et la notion de territoire changent durant ces siècles, comme le montrent les appellations d’Alain « le Noir » († 1098), dit comte de Bretagne et d’Angleterre (comes Britannie et Anglie), et celle de son neveu, Alain le Noir, dit comte de Richmond (comes Richemondie). - BCD


16604 - [BR] Revendications
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[BR] C’est pourquoi l’introduction du breton en maternelle et primaire figurait en tête des revendications des associations, dont celles regroupées à gauche dans l’après-1968 (Galv, cartel fondé en 1969 par la Jeunesse Étudiante Bretonne, Ar Falz et l’Union Démocratique Bretonne, avant un Front culturel progressiste breton plus large, en 1980). Un certain relais syndical et politique était cause d’attentisme, l’espoir étant un changement radical au niveau politique. De fait, la création de la première école bilingue publique, à Saint-Rivoal dans les Monts d’Arrée, ne date que de la rentrée 1982.

16602 - [BR] Une aventure industrielle écossaise en terre bretonne
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[BR] C’est à son fils aîné John, alors âgé de 32 ans, que Charles C. Scott confie cette mission en tant que fils aîné. L’Écossais est un personnage hors du commun qui aurait pu inspirer le Nantais Jules Verne. Le brillant ingénieur est issu d’une dynastie de constructeurs de navires installée depuis 1711 à Greenock, port situé à l’embouchure de la Clyde sur la côte ouest de l’Écosse. Il n’avait que 21 ans lorsque son père l’associa, en 1851, au chantier familial et il devint très vite un spécialiste de la propulsion marine. La Clyde est au cœur du boom industriel britannique avec une cohorte de grands ingénieurs passés maîtres dans la construction des plus grands navires de l’époque.
La maison Scott fournit les machines-outils, les plans des installations et la main-d’œuvre nécessaire à la construction de cinq paquebots transatlantiques. Elle fait venir quinze contremaîtres de la Clyde chargés de former la main-d’œuvre locale à la construction métallique. Les charpentiers briérons font alors la réputation de la marine en bois du Brivet, avec des chantiers installés à proximité, près du port de Méan . Les hommes de la Clyde accomplissent parfaitement leur mission. En octobre 1862, le premier paquebot qui portera le nom d’Impératrice Eugénie est mis sur cale.
En moins de deux années, John Scott aura créé un chantier moderne et mis sur cales quatre paquebots. Au plus fort de son activité, le chantier emploie près de 2 000 ouvriers. Le 23 avril 1864, les Nazairiens assistent au lancement de l’Impératrice Eugénie, premier paquebot en fer construit en Bretagne. Au milieu des années 1860, la crise économique touche de plein fouet les compagnies transatlantiques, engendrant un manque de liquidités pour assurer l’activité du chantier Scott of Penhoet. En 1865, les trois premiers liners nazairiens sont livrés à la C.G.T. (Compagnie générale transatlantique). En 1866, alors que le cinquième navire, le Saint-Laurent, rejoint Le Havre, tout semble indiquer que les jours du chantier sont comptés. On assiste à des faillites en cascade dans le monde bancaire et dans le milieu maritime. Le 25 novembre 1866, la banqueroute du chantier Scott est déclarée. Le chantier nazairien, qui sera repris par la C.G.T., ferme ses portes en 1870. John Scott gardera toute sa vie un grand regret pour la perte de son chantier breton.
À Saint-Nazaire, plus rien ne sera comme avant. En 1881, le site renaît de ses cendres avec la création des Chantiers de la Loire, sous l’impulsion du capitalisme nantais, suivie en 1882 par celle des Chantiers de Penhoët, propriété de la C.G.T. Ces deux chantiers seront à la pointe des innovations technologiques durant des décennies avant de fusionner en 1955 pour résister à la concurrence asiatique, sous le nom de Chantiers de l’Atlantique.


11161 - [BR] En 1863, le photographe quimpérois Jules Duclos immortalise le chantier Scott - Musée de Bretagne



11162 - [BR] Les « Maisons Scott » : logements construits par John Scott pour ses ouvriers - Collection Michel Mahé



11164 - [BR] Années 1880, la navale renaît sur le site de Penhoët - Collection Hubert Chémereau


16606 - [BR] Modèles bilingues
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[BR] C’est en 1975, au cours de stages de formation, qu’est évoquée « la création d’écoles parallèles comme au Pays basque ».
Suite au séjour d’une semaine au Pays basque (espagnol et français) de deux jeunes militantes culturelles, l’association Skol an Emsav votait au printemps 1976 la création d’écoles selon le modèle de l’ikastola basque (modèle immersif importé d’Outre-Atlantique qui se développait également en Irlande, comme en Catalogne, et bientôt aussi en Occitanie, etc.) ; mais un tiers des membres préférait toujours une solution plus progressive et consensuelle comme ses partenaires de gauche.


16608 - [BR] Le temps des révoltes et la seconde vague de recrutement
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[BR] Mais dès 1067, les Anglo-Saxons se révoltent contre Guillaume. Celui-ci les mate souvent impitoyablement et les remplace par les migrants. Ainsi, la révolte avortée du fils de Raoul l’Anglais, Raoul de Gaël, en 1075, entraîne son exil en Bretagne. Ses terres anglaises, devenues vacantes, sont alors attribuées à Hugues d’Avranches, comte de Chester. Ce dernier y installe des vassaux, tel Guihénoc fils de Caradoc de La Boussac (près de Dol). De même, la déchéance d’Edwin comte de Mercia après sa révolte de 1070 profite à Alain le Roux qui prend ainsi pied dans ce qui deviendra le comté de Richmond.

16609 - [BR] Lampaul-Ploudalmézeau
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[BR] C’est alors que Reun L’Hostis (militant CGT et UDB bretonnant) réussit à convaincre le maire Alphonse Arzel (centriste bretonnant, futur sénateur qui s’illustrera dans la lutte contre la marée noire de l’Amoco Cadiz) ; le conseil municipal de la commune littorale de Lampaul-Ploudalmézeau accepta de louer une école fermée depuis cinq ans pour l’ouverture d’une maternelle à la rentée 1977.

16613 - [BR] De nouveaux Bretons sous Henri Ier (1100-1135)
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[BR] Henri Ier, fils cadet de Guillaume le Conquérant, réussit à s’imposer sur ses frères en devenant roi d’Angleterre en 1100 et duc de Normandie en 1106. Dès son accession au trône d’Angleterre, il recrute de nouveaux hommes dans ses réseaux bretons. Ainsi, Alain, frère du sénéchal de Dol, ou Guillaume d’Aubigné (au nord de Rennes) sont intégrés dans son administration. Après 1116, Henri recrute des Bretons liés à l’entourage d’Étienne, comte de Bretagne et de Richmond et frère d’Alain le Roux († en 1093). Ces hommes sont originaires de la région de Lamballe.

16611 - [BR] D'une classe alternative à la filière immersive
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[BR] Cette première classe, médiatisée (notamment avec la photographie du premier maître, un chanteur inspiré par les luttes écologiques comme la marée noire, puis le nucléaire à Plogoff), groupait une petite demi-douzaine de bambins côtoyant des anciennes ; cela donne à cette initiative un fort caractère contre-culturel. Gweltaz ar Fur, chanteur proclamé « libertaire », fut le premier président de l’association qui avait l’appui de la mouvance alternative et contestataire, plus au départ que celui de la gauche, fût-elle bretonne, l’UDB hésitant à aller contre l’avis de syndicats enseignants favorables sur le principe à un enseignement plus massif mais moins intensif. Cependant, le réseau Diwan ira se développant avec la création les années suivantes à Lannion, Rennes... de classes, puis d’écoles « associatives, libres et gratuites », d’esprit laïc, avant d’être associées au système éducatif hexagonal selon la parité horaire calculée sur l’ensemble de la scolarité.

16616 - [BR] Estimation quantitative de la migration
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[BR] Ainsi, l’année 1066 est marquée par le début d’une migration de Bretons en Angleterre se poursuivant jusque dans les années 1130. On estime que les Anglais descendant des Bretons représenteraient environ 5 % des propriétaires nobles d’Angleterre ce qui pourrait correspondre aux 250 chevaliers d’origine bretonne cités dans la Grande Charte de 1166. Toutefois, les Bretons avaient des liens avec les Anglo-Saxons avant Hastings comme l’illustre Raoul l’Anglais possessionné en Angleterre et en Bretagne avant 1066.


11171 - [BR] L’idylle Brière - Photo du film La Brière (1924). Derrière la carte postale une Brière maritime oubliée. - Collection Hubert Chémereau



11172 - [BR] Carte de la bataille - BCD



11176 - [BR] Le Cheval de Troie, goélette de 79 tonneaux construite à Méan en 1857, symbole de l’âge d’or du cabotage briéron. - Musée de Montoir-de-Bretagne


16612 - [BR] Quarantenaires
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[BR] Les premiers enfants scolarisés à Diwan sont aujourd’hui des quarantenaires, certain(e)s très investi(e)s dans la langue et la culture bretonnes, alors que le réseau compte aujourd’hui plusieurs milliers d’élèves, tant en maternelle et primaire, comme au départ, qu’au niveau secondaire avec la création de plusieurs collèges et d’un lycée dont les résultats le classent régulièrement dans les plus performants qui soient.

16617 - [BR] Profil et devenir des migrants
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[BR] Les migrants bretons sont avant tout issus des régions sous influence normande ou des Eudonides , c’est-à-dire des territoires de Fougères, Dol-Combourg, Dinan et Lamballe. Ils appartiennent à la petite ou moyenne aristocratie ou sont des fils naturels ou cadets de grandes familles, telles celles des Dinan, Fougères ou Vitré. Ils forment principalement deux groupes, installés, d’une part, au nord et à l’est, et, d’autre part, au sud et à l’ouest de l’Angleterre.

La très grande majorité de ces migrants s’installe définitivement en Angleterre. Ils se marient, dès la première génération, avec l’aristocratie normande et anglo-saxonne et perdent, semble-t-il rapidement, leur lien avec leurs parents de Bretagne.

La fidélité indéfectible au roi d’Angleterre permet à certains migrants et à leurs descendants d’avoir une meilleure place dans la société que leurs parents restés en Bretagne. Ainsi, Guihénoc fils de Caradoc est à la tête de la seigneurie châtelaine de Monmouth alors que la branche bretonne ne dépasse pas le niveau de la petite seigneurie de village. Citons encore la promotion, certes exceptionnelle, d’Alain frère du sénéchal de Dol : il est l’ancêtre des Stuarts qui furent rois d’Écosse et d’Angleterre.


BIBLIOGRAPHIE

[BR]CHÉMEREAU Hubert, « Scott & Co of Penhoet », Le Chasse-Marée n° 236, octobre 2011.

BELSER Christophe, Histoire des chantiers navals à Saint-Nazaire, Coop Breizh, 2003.

Ouvrage collectif, De la Clyde à Saint-Nazaire. Les liens Bretagne - Écosse dans la construction navale, Institut Culturel de Bretagne, 2004.


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