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7734 - [BR]Ouverture de la première école Diwan

br - 1977 - Yezhoù Istor Istor  - Lampaul-Ploudalmezeau - Broons - Sens-de-Bretagne - Saint-Coulomb
Francis FAVEREAU
Francis Favereau, professeur émérite de langue et littérature bretonnes, a enseigné au lycée Carhaix, puis à Guingamp, ensuite à l'Université de Haute Bretagne Rennes 2 la langue et la littérature bretonne. Auteur de dictionnaires (souvent réédités) et d'une grammaire, il a également publié dans les deux langues une anthologie de la littérature bretonne au 20ème siècle.



14455 - [BR] École Diwan Kastel Paol - Saint-Pol-de-Léon - Wikipedia


[BR]La première école Diwan ouvre à la rentrée 1977 à Lampaul-Ploudalmézeau avec cinq élèves scolarisés en maternelle. L’enseignement y est gratuit, laïque et entièrement en breton. Cette initiative militante, qui a trouvé appui en Léon, répond à une attente car l’enseignement maternel et primaire restait le parent pauvre de l’enseignement du breton.

Sous-dossiers

21521 - [BR] Etat des lieux en 1977
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[BR] Pour le premier degré, la Charte culturelle bretonne n’apportait que la promesse de nommer des instituteurs conseillers pédagogiques pour « une initiation dans le cadre des activités d’éveil, à raison d’une heure par semaine, à la demande des familles et sous le système de volontariat des instituteurs », ce qui était déjà inscrit dans la loi Deixonne de 1951 (art. 2 & 3) :

ART. 2. - Des instructions pédagogiques seront adressées aux recteurs en vue d’autoriser les maîtres à recourir aux parlers locaux dans les écoles primaires et maternelles chaque fois qu’ils pourront en tirer profit pour leur enseignement, notamment pour l’étude de la langue française.

ART. 3. - Tout instituteur qui en fera la demande pourra être autorisé à consacrer, chaque semaine, une heure d’activités dirigées à l’enseignement de notions élémentaires de lecture et d’écriture du parler local et à l’étude de morceaux choisis de la littérature correspondante.
Cet enseignement est facultatif pour les élèves.


21522 - [BR] Un seigneur de bonne noblesse
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[BR] Bertrand Du Guesclin, né vers 1319, ne fut pas un petit hobereau de second rang, mais le chef d’un lignage prestigieux et riche. Au début du XIVe siècle, à une époque où l’adoubement était un luxe ruineux, tous les Du Guesclin, mêmes les cadets, le furent. Bertrand hérita de deux fiefs considérables : Broons, lui venant de son père et relevant de la seigneurie de Dinan, et Sens, dépendante de la terre de Fougères, et qui avait appartenu à sa mère, une Malesmains, issue d’une grande famille normande. Du Guesclin, comme il était de son devoir de seigneur et de chef de famille, s’occupa toujours de ses vassaux et de sa parenté – qui l’accompagnèrent dans son ascension et dans ses guerres –, les couvrant de biens et de fiefs.


14451 - [BR] Affiche et autocollant Diwan - Jean-Paul MELLOUET


21523 - [BR] Un vassal fidèle
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[BR] Toute sa vie, il accomplit ses devoirs vassaliques, surtout envers Jeanne de Penthièvre, héritière non seulement des Avaugour, seigneurs de Dinan, mais aussi du duché de Bretagne. Tous les contrats de guerre qu’il scellera comporteront une clause restrictive : à son appel, il quittait tout pour aller combattre pour elle. Pour Du Guesclin et la presque totalité de l’aristocratie bretonne, elle fut constamment la duchesse de Bretagne et Jean de Montfort n’était qu’un usurpateur. Du Guesclin était pour Jeanne son chef de guerre, succédant ainsi à deux membres de son réseau parental, Rolland de Dinan-Montafilant (1341-1349) et le héros du Combat des Trente, Jean de Beaumanoir (1349-1355).

21527 - [BR] Revendications
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[BR] C’est pourquoi l’introduction du breton en maternelle et primaire figurait en tête des revendications des associations, dont celles regroupées à gauche dans l’après-1968 (Galv, cartel fondé en 1969 par la Jeunesse Étudiante Bretonne, Ar Falz et l’Union Démocratique Bretonne, avant un Front culturel progressiste breton plus large, en 1980). Un certain relais syndical et politique était cause d’attentisme, l’espoir étant un changement radical au niveau politique. De fait, la création de la première école bilingue publique, à Saint-Rivoal dans les Monts d’Arrée, ne date que de la rentrée 1982.

21524 - [BR] Le chef de guerre
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[BR] Du Guesclin sortit réellement de l’ombre en 1354 à Pontorson dont il sera le capitaine toute sa vie. Cette place forte du duc d’Orléans, frère du roi Jean II, commandait l’entrée du Nord-Est de la Bretagne et permettait ainsi non seulement de surveiller Mayenne et Dinan appartenant à Jeanne de Penthièvre mais aussi Fougères, dont le seigneur était le comte d’Alençon, cousin du roi. Ce sont ces seigneurs, mais aussi les gendres de Jeanne de Penthièvre, Charles de La Cerda, connétable de France et favori du roi Jean II, et le fils de ce dernier, Louis, duc d’Anjou, qui imposèrent Du Guesclin comme chef de guerre en Normandie où il fit merveille contre les Anglo-Navarrais (mai 1364 victoire de Cocherel). Le nouveau roi Charles V le paya en lui donnant le comté de Longueville à charge pour lui de le conquérir. Du Guesclin combattit à la défaite d’Auray où il avait été appelé par Charles de Blois, mari de Jeanne, qui y trouva la mort (29 septembre 1364). Prisonnier des Anglais, ce sont ses seigneurs qui payèrent sa rançon.

Libéré, il suivit les directives du duc d’Anjou devenu le défenseur des intérêts de sa belle-mère, Jeanne de Penthièvre. Il partit alors pour l’Espagne et plaça sur le trône de Castille l’allié du duc d’Anjou, Henri de Trastamare. Il s’y constitua un territoire assez grand entre son comté de Borja et son duché de Molina pour accueillir ses Bretons qui y reçurent terres et châteaux. Ce fut à l’instigation de Louis d’Anjou que le roi Charles V le nomma connétable de France (2 octobre 1370), c’est-à-dire chef de toutes les armées royales. La situation était grave. Une grande offensive anglaise avait commencé en France. Force est de constater que Du Guesclin défendit en priorité les biens de ses seigneurs et de leurs alliés, ceux du roi venant en second.


14452 - [BR] Du Guesclin fait connétable par le roi Charles V - Bnf


21528 - [BR] Modèles bilingues
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[BR] C’est en 1975, au cours de stages de formation, qu’est évoquée « la création d’écoles parallèles comme au Pays basque ».
Suite au séjour d’une semaine au Pays basque (espagnol et français) de deux jeunes militantes culturelles, l’association Skol an Emsav votait au printemps 1976 la création d’écoles selon le modèle de l’ikastola basque (modèle immersif importé d’Outre-Atlantique qui se développait également en Irlande, comme en Catalogne, et bientôt aussi en Occitanie, etc.) ; mais un tiers des membres préférait toujours une solution plus progressive et consensuelle comme ses partenaires de gauche.


21525 - [BR] Du Guesclin et l’Affaire de Bretagne
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[BR] En 1373, il chassa le duc Jean IV et ses alliés anglais de Bretagne. Mais le roi Charles V ne rendit pas la Bretagne à Jeanne. Pendant cinq ans, Du Guesclin agit en Bretagne comme gouverneur sans le titre. En décembre 1378, le roi de France annexa purement et simplement la Bretagne à son royaume. De Pontorson, Du Guesclin observa les mouvements de ses vassaux, parents, amis, compagnons de guerre qui avaient formé une Ligue pour empêcher l’annexion. Alors qu’il disposait de troupes considérables, il laissa Jean IV, appelé d’Angleterre par cette Ligue, débarquer dans l’estuaire de la Rance (10 août 1379). Il est vrai que Jeanne de Penthièvre avait accepté ce retour. Charles V fut si mécontent que Du Guesclin aurait voulu lui rendre son épée de connétable. Mais le duc d’Anjou s’y opposa. Du Guesclin repartit en guerre et mourut de maladie le 13 juillet 1380 lors du siège de Châteauneuf-de-Randon.

21529 - [BR] Lampaul-Ploudalmézeau
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[BR] C’est alors que Reun L’Hostis (militant CGT et UDB bretonnant) réussit à convaincre le maire Alphonse Arzel (centriste bretonnant, futur sénateur qui s’illustrera dans la lutte contre la marée noire de l’Amoco Cadiz) ; le conseil municipal de la commune littorale de Lampaul-Ploudalmézeau accepta de louer une école fermée depuis cinq ans pour l’ouverture d’une maternelle à la rentée 1977.

21526 - [BR] L’échec d’une stratégie
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[BR] Pour conclure, force est de remarquer que Du Guesclin demeura fidèle toute sa vie non seulement à Jeanne de Penthièvre et à sa famille, mais aussi à ses amis et vassaux. Et pour la Bretagne ? Il y chassa les Anglais qui la pillaient. En 1378, alors qu’il disposait d’une force de frappe inégalée, il n’intervint pas, laissant le duc Jean IV, souverain anglophile, se réinstaller sur le trône breton. Il est vrai que pour lui comme pour les autres seigneurs bretons, l’annexion de la Bretagne au Domaine royal signifiait devenir vassal direct du roi Charles V et ainsi avoir l’obligation de combattre gratuitement pour ce roi. Et puis il suffisait de laisser faire la nature : Jean IV n’ayant pas d’enfant, selon le premier traité de Guérande sa seule héritière était Jeanne de Penthièvre. À la mort de ce duc, tôt ou tard, le roi de France serait contraint d’accepter le retour de la duchesse sur son trône breton. Mais ce plan échoua car Jean IV eut une descendance, les ducs Montforts, qui firent en sorte de faire passer le champion de Jeanne pour un traître à la Bretagne.


14453 - [BR] Statue de Du Guesclin à Broons - Cliché TR


21531 - [BR] D'une classe alternative à la filière immersive
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[BR] Cette première classe, médiatisée (notamment avec la photographie du premier maître, un chanteur inspiré par les luttes écologiques comme la marée noire, puis le nucléaire à Plogoff), groupait une petite demi-douzaine de bambins côtoyant des anciennes ; cela donne à cette initiative un fort caractère contre-culturel. Gweltaz ar Fur, chanteur proclamé « libertaire », fut le premier président de l’association qui avait l’appui de la mouvance alternative et contestataire, plus au départ que celui de la gauche, fût-elle bretonne, l’UDB hésitant à aller contre l’avis de syndicats enseignants favorables sur le principe à un enseignement plus massif mais moins intensif. Cependant, le réseau Diwan ira se développant avec la création les années suivantes à Lannion, Rennes... de classes, puis d’écoles « associatives, libres et gratuites », d’esprit laïc, avant d’être associées au système éducatif hexagonal selon la parité horaire calculée sur l’ensemble de la scolarité.

21532 - [BR] Quarantenaires
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[BR] Les premiers enfants scolarisés à Diwan sont aujourd’hui des quarantenaires, certain(e)s très investi(e)s dans la langue et la culture bretonnes, alors que le réseau compte aujourd’hui plusieurs milliers d’élèves, tant en maternelle et primaire, comme au départ, qu’au niveau secondaire avec la création de plusieurs collèges et d’un lycée dont les résultats le classent régulièrement dans les plus performants qui soient.


BIBLIOGRAPHIE

[BR]PERAZZI Jean-Charles, Diwan - 20 ans déjà, Coop Breizh, 1999.


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